Article : la seconde vie des cabines téléphoniques en Europe

Cabines téléphoniques : Tour d'Europe des idées les plus insolites

Italie, France, Espagne : la cabine téléphonique sort du décor, mais pas toujours par la même porte. Démontage massif, cession aux communes ou expérience littéraire : trois destins pour un petit mobilier devenu encombrant.

La cabine téléphonique a longtemps fait partie du décor : devant une gare, au coin d’une place, près d’un équipement public. Puis le mobile est arrivé. L’objet est resté là, bien visible, mais son usage s’est presque évaporé.

Italie, France, Espagne : trois pays, trois sorties de scène. En Italie, plus de 16 000 cabines sont concernées par un démantèlement engagé par TIM fin 2023. En France, Orange peut céder gratuitement l’habitacle aux communes. À Madrid, certaines cabines font entendre Lorca, Machado ou Emily Dickinson au bout du combiné.

La petite boîte vitrée raconte une chose simple : un équipement robuste ne se réemploie pas parce qu’il est sympathique. Il lui faut un repreneur, un usage clair, et quelqu’un pour s’en occuper une fois la porte refermée.

Trois usages possibles pour une cabine téléphonique réemployée

Le téléphone a disparu, la petite architecture est restée

Une cabine n’est pas seulement un vieux morceau de réseau télécom. C’est un abri, une vitrine, un volume déjà posé dans l’espace public. Elle contient du verre, des métaux, parfois une alimentation, surtout un emplacement que tout le monde reconnaît.

De là, deux chemins. On la démonte pour récupérer la matière. Ou bien on la garde comme support : bibliothèque de rue, micro-service, installation culturelle, station urbaine. La différence ne tient pas seulement à l’idée. Elle tient au pilote.

Quand l’opérateur garde la main, le retrait domine. Quand une commune récupère l’habitacle, les petits usages locaux apparaissent. Quand un collectif culturel s’en empare, le combiné peut même se remettre à raconter des histoires.

cabine téléphonique aquarium dans une rue en France

Italie : 30 jours pour défendre sa cabine

En Italie, la bascule est nette. Fin 2023, TIM engage le démantèlement de plus de 16 000 cabines. Certaines restent en place dans des lieux jugés sensibles ou utiles : hôpitaux, casernes, prisons, et probablement certains refuges de montagne.

Le détail intéressant se joue sur le trottoir. L’Agcom, l’autorité italienne des communications, prévoit un affichage avant retrait. Les habitants ont alors 30 jours pour s’opposer à la disparition de la cabine, à condition de motiver leur demande.

Ce droit de regard peut sauver une cabine ici ou là. Mais il ne crée pas, à lui seul, une seconde vie. Empêcher la dépose, ce n’est pas encore trouver qui l’entretiendra, qui l’assurera, ni à quoi elle servira demain matin.

Milan : 450 cabines prennent un coup de jeune

Milan a un petit privilège historique : la première cabine téléphonique italienne y a été installée en 1952. La ville sert aujourd’hui de laboratoire. Environ 450 cabines doivent être transformées en « stations intelligentes » par TIM et Urban Vision, acteur de l’affichage publicitaire urbain.

On ne garde donc pas seulement la silhouette pour la photo souvenir. Les cabines deviennent des points de service pour habitants et touristes. Le téléphone reste dans le décor, mais il n’est plus seul en scène.

Le service le plus marquant concerne la sécurité. Un bouton d’alerte doit permettre à une personne se sentant menacée dans la rue de contacter un opérateur, dans le cadre d’un programme de lutte contre les violences faites aux femmes.

Le montage dit aussi ce qu’il faut réunir pour que ce type de reconversion tienne : un pilote, un modèle d’exploitation, de la maintenance. Une cabine augmentée, c’est moins poétique qu’une cabane à livres, mais cela demande beaucoup plus de coulisses.

Cabine transformée en station urbaine de services

France : la cabine passe à la commune

En France, la sortie se joue autrement. Orange retire le système téléphonique ; l’habitacle peut ensuite être cédé gratuitement aux communes qui le demandent. Le parc est devenu minuscule : 74 cabines étaient encore recensées au moment décrit.

À partir de là, place au bricolage local, au bon sens et parfois à l’imagination. Des cabines deviennent cabanes à livres à Caen, Saint-Brieuc ou Chambéry. D’autres accueillent des projets artistiques. Le document mentionne même un très petit restaurant à emporter installé dans une ancienne cabine : cuisine de poche, vitrine comprise.

Le modèle est simple : l’opérateur n’a pas à inventer chaque usage, il transfère l’objet. La commune, elle, récupère un petit abri déjà visible, débarrassé de sa fonction télécom. Pour les cabines sans repreneur, Orange conserve une issue plus classique : le recyclage des matériaux, notamment le verre et les métaux.

  • Ce qui aide : un habitacle propre, sécurisé, facile à maintenir.
  • Ce qui marche bien : livres, art, point de partage, petite activité locale.
  • Le point à ne pas oublier : distinguer les cabines réellement reprises de celles simplement recyclées.

Madrid : décrocher pour écouter un poème

À Madrid, dans le quartier de Puente de Vallecas, la cabine garde son geste d’origine. Le passant décroche le combiné. Mais au lieu d’appeler quelqu’un, il écoute gratuitement des textes lus.

Les contenus cités ont de l’allure : Lorca, Machado, Emily Dickinson, des extraits du Don Quichotte. La cabine redevient une interface sonore. Elle ne relie plus deux interlocuteurs, elle relie un passant à une voix.

Le cas reste ponctuel. Le document ne décrit pas de stratégie espagnole à grande échelle, ni le sort de la majorité des cabines. Mais l’idée est jolie : parfois, on ne réemploie pas seulement un volume ou une matière. On réemploie aussi un geste familier — décrocher — pour lui donner un autre contenu.

Cabine littéraire utilisée par un passant
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Crédit photos :
todoestaenmadrid.com
onefm.ch